Homélie intégrale du Saint Père Jean-Paul II pour la béatification de Soeur Maria Faustyna Kowalska ,
Place Saint Pierre en Italie , le 18 avril 1993
"Il faut que l'Eglise de notre temps, gardant toujours dans son cœur l'éloquence de ces paroles inspirées et les appliquant aux
expériences et aux souffrances de la grande famille humaine, prenne une conscience plus profonde et plus motivée de la nécessité de
rendre témoignage à la Miséricorde de Dieu dans toute sa mission, conformément à la tradition de l'ancienne et de la nouvelle
Alliance, et surtout à la suite de Jésus Christ Lui-même et de ses apôtres. L'Eglise doit rendre témoignage à la Miséricorde de Dieu
révélée dans le Christ en toute Sa mission de Messie, en la professant tout d'abord comme vérité salvifique de Foi nécessaire à une vie
en harmonie avec la Foi, puis en cherchant à l'introduire et à l'incarner dans la vie de ses fidèles, et autant que possible dans celle de
tous les hommes de bonne volonté. Enfin, l'Eglise - professant la Miséricorde et lui demeurant toujours fidèle - a le droit et le devoir
d'en appeler à la Miséricorde de Dieu, de l'implorer en face de toutes les formes de mal physique et moral, devant toutes les menaces
qui s'appesantissent à l'horizon de la vie de l'humanité contemporaine" (DM VII).
"L'Eglise vit d'une vie authentique lorsqu'elle professe et proclame la Miséricorde, attribut le plus admirable du Créateur et du
Rédempteur, et lorsqu'elle conduit les hommes aux sources de la Miséricorde du Sauveur, dont elle est la dépositaire et la
dispensatrice. Dans ce cadre, la méditation constante de la Parole de Dieu, et surtout la participation consciente et réfléchie à
l'Eucharistie et au sacrement de pénitence ou de réconciliation, ont une grande signification" (DM 13).
"l'Eglise professe la Miséricorde de Dieu révélée dans le Christ Crucifié et Ressuscité non seulement par les Paroles de Son
enseignement, mais surtout par la pulsation la plus intense de la vie de tout le peuple de Dieu. Grâce à ce témoignage de vie, l'Eglise
accomplit sa mission propre de peuple de Dieu, mission qui participe à la mission messianique du Christ Lui-même et qui, en un
certain sens, la continue" (DM 13).
"Jésus Christ nous a enseigné que l'homme non seulement reçoit et expérimente la Miséricorde de Dieu, mais aussi qu'il est appelé à
"faire Miséricorde" aux autres : "Bienheureux les Miséricordieux, car ils obtiendront Miséricorde" (120). Dans ces paroles, l'Eglise
voit un appel à l'action, et elle s'efforce de pratiquer la Miséricorde. Si toutes les béatitudes du Sermon sur la montagne indiquent la
route de la conversion et du changement de vie, celle qui concerne les Miséricordieux est, à cet égard, particulièrement parlante.
L'homme parvient à l'amour Miséricordieux de Dieu, à sa Miséricorde, dans la mesure où lui-même se transforme intérieurement dans
l'esprit d'un tel Amour envers le prochain" (DM 14).
"En ce sens, le Christ Crucifié est pour nous le modèle, l'inspiration et l'incitation la plus haute. En nous fondant sur ce modèle
émouvant, nous pouvons en toute humilité manifester de la Miséricorde envers les autres, sachant qu'Il la reçoit comme si elle était
témoignée à Lui-même. D'après ce modèle, nous devons aussi purifier continuellement toutes nos actions et toutes nos intentions dans
lesquelles la Miséricorde est comprise et pratiquée d'une manière unilatérale, comme un bien qui est fait aux autres. Car elle est
réellement un acte d'Amour Miséricordieux seulement lorsque, en la réalisant, nous sommes profondément convaincus que nous la
recevons en même temps de ceux qui l'acceptent de nous. Si cet aspect bilatéral et cette réciprocité font défaut, nos actions ne sont pas
encore des actes authentiques de Miséricorde; la conversion, dont le chemin nous a été enseigné par le Christ dans Ses Paroles et Son
exemple jusqu'à la Croix, ne s'est pas encore pleinement accomplie en nous; et nous ne participons pas encore complètement à la source
magnifique de l'Amour Miséricordieux, qui nous a été révélée en Lui" (DM 14).
"C'est pourquoi l'Eglise doit considérer comme un de ses principaux devoirs - à chaque étape de l'histoire, et spécialement à l'époque
contemporaine - de proclamer et d'introduire dans la vie le Mystère de la Miséricorde, révélé à son plus haut degré en Jésus Christ.
Ce Mystère est, non seulement pour l'Eglise elle-même comme communauté des croyants mais aussi, en un certain sens, pour tous les
hommes, source d'une vie différente de celle qu'est capable de construire l'homme exposé aux forces tyranniques de la triple
concupiscence qui sont à l'œuvre en lui. Et c'est au nom de ce Mystère que le Christ nous enseigne à toujours pardonner. Combien de
fois répétons-nous les paroles de la prière que Lui-même nous a enseignée, en demandant : "Pardonne-nous nos offenses comme nous
pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés", c'est-à-dire à ceux qui sont coupables à notre égard" (DM 14).
"L'Eglise proclame la vérité de la Miséricorde de Dieu, révélée dans le Christ Crucifié et Ressuscité, et elle la professe de différentes
manières. Elle cherche en outre à exercer la Miséricorde envers les hommes grâce aux hommes, voyant en cela une condition
indispensable de sa préoccupation pour un monde meilleur et "plus humain", aujourd'hui et demain. Cependant, à aucun moment ni en
aucune période de l'histoire - surtout à une époque aussi critique que la nôtre -, l'Eglise ne peut oublier la prière qui est un cri
d'appel à la Miséricorde de Dieu face aux multiples formes de mal qui pèsent sur l'humanité et la menacent. Tel est le droit et le
devoir fondamental de l'Eglise, dans le Christ Jésus : C'est le droit et le devoir de l'Eglise envers Dieu et envers les hommes. Plus la
conscience humaine, succombant à la sécularisation, oublie la signification même du mot de "Miséricorde"; plus, en s'éloignant de Dieu,
elle s'éloigne du Mystère de la Miséricorde, plus aussi l'Eglise a le droit et le devoir de faire appel au Dieu de la Miséricorde "avec
de grands cris". Ces "grands cris" doivent caractériser l'Eglise de notre temps; ils doivent être adressés à Dieu pour implorer Sa
Miséricorde, dont l'Eglise professe et proclame que la manifestation certaine est advenue en Jésus Crucifié et Ressuscité, c'est-à-dire
dans le Mystère Pascal. C'est ce Mystère qui porte en soi la révélation la plus complète de la Miséricorde, de l'Amour plus fort que la
mort, plus fort que le péché et que tout mal, de l'Amour qui retient l'homme dans ses chutes les plus profondes et le libère des plus
grandes menaces" (DM 15).
"Au nom de Jésus Christ Crucifié et Ressuscité, dans l'esprit de Sa mission messianique toujours présente dans l'histoire de
l'humanité, nous élevons notre voix et nos supplications pour que se révèle encore une fois, à cette étape de l'histoire, l'Amour qui est
dans le Père; pour que, par l'action du Fils et du Saint Esprit, il manifeste Sa présence dans notre monde contemporain, plus fort que
le mal, plus fort que le péché et que la mort. Nous supplions par l'intermédiaire de Celle qui ne cesse de proclamer "la Miséricorde de
génération en génération", et aussi de ceux qui ont déjà vu s'accomplir totalement en eux les Paroles du Sermon sur la montagne" :
"Bienheureux les Miséricordieux, car ils obtiendront Miséricorde" (DM 15).
"Et toi, Faustine, don de Dieu à notre temps, don de la terre de Pologne à toute l'Eglise, obtiens-nous de percevoir la profondeur de
la Miséricorde Divine, aide-nous à en faire l'expérience vivante et à en témoigner à nos frères. Que ton message de lumière et
d'espérance se diffuse dans le monde entier, pousse les pécheurs à la conversion, dissipe les rivalités et les haines, incite les hommes et
les nations à la pratique de la fraternité. Aujourd'hui, en tournant le regard avec toi vers le visage du Christ Ressuscité, nous faisons
nôtre ta prière d'abandon confiant et nous disons avec une ferme espérance" : "Jésus, j'ai confiance en Toi" !